L’Avent est le temps liturgique de quatre semaines précédant la fête de Noël – Le Robert.
Les premiers jours, N/nous avons reçu. Il y a eu des temps sociaux importants, j’ai même rencontré de nouvelles personnes (relatives à l’emploi de Maître). Ça a été aussi une période riche en sorties, même si j’imagine que ma manière de définir période riche en sorties ne veut pas dire qu’elles étaient vraiment nombreuses en quantité, simplement qu’il y en a eu plus que d’habitude.
J’appartiens à un Maître qui a toujours veillé à ce que mon monde demeure relativement petit, que ce soit en terme d’accès à certaines connaissances ou d’interactions/relations sociales qui viendraient l’élargir.
Depuis que Maître a convenu que je serai la majeure partie de mon temps du bon côté de la porte d’entrée de Sa maison (c’est-à-dire à l’intérieur – pas/peu d’activités en dehors, ni de travail, ni d’études), Il a pu incorporer dans mon dressage un nouveau type d’isolement.
Il y a depuis quelques temps maintenant deux types d’isolements, ou plutôt deux formats différents d’isolement. L’isolement prononcé (que je traiterai plus tard), qui est celui au quotidien, même s’il a en fonction des périodes été plus flexible ou plus intransigeant, et l’autre.
Maître l’appelle le plénier.
Il se résume aisément par aucune interaction sociale de n’importe quel typeautre que Maître (précision importante), aucune sortie. À cela, s’ajoute généralement (et généreusement) un jeûne d’écrans. Il n’y a aucune entorse, je n’adresse la parole et n’écris à personne, ni ne sors (même pour les courses), sinon cela ne correspond plus au format plénier.
Ce n’est pas une expérience perverse, rien n’est pervers ou déviant dans N/notre (future) union.
Force de répétitions, Maître a récolté les bienfaits de cet isolement sur l’isolement prononcé/du quotidien, nettement mieux vécu (même dans sa forme où ne demeurent que très peu de permissions) sur le long terme. Il y a une sorte de pensée flottante de plus dur existe, contente-toi de ce que tu ascar ce n’est pas dû – rien ne l’est ici, sauf moi.
Et je Vous remercie, Maître, pour cette dur leçon.
Ce format d’isolement, le plénier, n’est pas pour plusieurs raisons tenable en permanence. Très restrictif, il finit tôt ou tard par limiter Maître – Ses mots. Faire les courses, avoir une interaction sociale autorisée (ou nécessaire), une entracte est vite arrivée mais il s’agira d’une manière systématique d’isolement prononcé. Même si ce n’est qu’un mot, même si ce n’est qu’une sortie.
Savoir qu’il ne peut durer toute la vie ne le rend pas moins difficile. L’isolement prononcé (celui au quotidien) a un spectre très large et Maître joue sur son aspect aléatoire. Le plénier est plus clair dans mon esprit, je ne m’interroge plus sur ce qui sera permis ou non car aucun des aspects que ce format d’isolement couvre ne l’est.
Cela fait un peu plus d’un an que Maître a intégré cet isolement à N/notre dynamique de manière prolongée. Avant, ce n’était que quelques jours. Maintenant, ça se compte en semaines. C’est devenu beaucoup plus facile pour Lui de maintenir ce format maintenant que je suis en permanence à demeure.
Parfois, j’angoisse à-propos de la mort sociale. Il n’y a qu’un pas entre l’angoisse et l’ingratitude, ici. D’autres fois, j’ai simplement peur de ce que cela pourrait faire à mon cerveau, sur le long terme. Il y a aussi simplement des moments où je me sens très seule. Pas que je bénéficie de beaucoup de temps ou même de diversité sociale en temps normal, mais que j’ai appris à me satisfaire du peu de quantité pour en créer une sorte de qualité constante, ou plutôt qui me convient.
Alors, quand je suis privée de ce que je considère être mon minimum, il arrive que je souffre. Je sais que mon minimum est sûrement considéré comme un dixième du minimum généralement admis, mais j’ai appris à m’en contenter. Si les premiers jours ont été plutôt douloureux et mes pensées troubles, le constat sur le long terme est on ne peut plus clair (et sûrement affreux de bien des façons pour les plus sensibles).
Je n’ai rien à envier ailleurs, dans le sens où rien ne m’attend de l’autre côté (le mauvais) de la porte d’entrée de Sa maison. Le plus dur est lorsqu’Il part, même si la présence des animaux fait un pont au-dessus de Ses absences. Le bilan est cruel. Pour la première fois de mon existence, je pense (à raison) que je n’ai pas le moindre ami. Je suis indisponible. Je ne traiterai jamais une autre personne que Lui comme une (ma) priorité, je peux disparaître du jour au lendemain sur Son ordre et je ne peux apprécier quelqu’un durablement pour ce qu’il est, simplement parce que c’est ce qu’Il veut. Je ne peux avoir le moindre ami. Le bilan est cruel, le bilan est honnête.
Maître est Le centre de mon existence.
Lorsque cette réflexion m’a traversée (de ne pas avoir d’ami, ni de pouvoir en être une convenable), j’en ai immédiatement informé Maître lorsqu’Il est rentré du travail – l’intimité ne sied pas à ce qui Lui appartient. Maître a semblé heureux, du moins Il n’a pas spécifié vouloir que cette pensée change, ce qui est suffisant ici pour que je sache que je suis sur la ligne qu’Il a minutieusement tracée – Maître ne s’accommode pas de mes pensées si elles ne sont pas alignées aux Siennes.
Je sens une solitude, que j’accueille avec humilité.
Et je Vous remercie, Maître, pour cette terrible leçon.
Il s’agit d’un brouillon de la mi-été dont Maître a ordonné l’édition afin que je puisse le publier ici.
Lors d’une période d’isolement et de jeûne d’écrans récente, Maître m’informe que je [Il] reçois encore des messages concernant Son nouvel ajout à ma parure – on me félicite, on complimente la beauté de ces deux anneaux dorés que je porte depuis un mois sur les bracelets verrouillés par Ses soins.
Peu questionnent leur utilité, j’en déduis alors qu’elle est évidente. Maître les a rejoints par une chaîne. Un peu plus de soixante centimètres, environ huit cents grammes quand il s’agit de la plus longue. Ils ne vivent ni le bruit qui ne me quitte plus, ni leur utilisation – et s’ils imaginent, ils se trompent.
Ils me félicitent.
Vivant en communauté à proximité d’enfants, les volets sont fermés depuis un bon moment maintenant. Les personnes ici ont pris minimum trois mois à savoir que j’existais – je ne savais pas que tu avais une femme.
S’ils savaient jusqu’où avoir une femme peut prendre de son sens ici.
Durant les fortes chaleurs, la plupart de mes sœurs asservies ont été ménagées. Sont apparues de par cette donnée certaines dissonances dans nos échanges peu avant mon isolement de tout rapport social hors Maître. Je ne regrette pas vraiment ce manque d’harmonie dans nos discussions, irrégulières sur ordre de Maître, car elles me permettent de garder l’esprit ouvert.
Ce n’est pas parce qu’ici Maître n’a pas considéré me ménager sous prétexte de chaleur qu’elles appartiennent moins ou que je n’aurai plus jamais rien en commun avec elles. Toutes les relations hiérarchiques ne requièrent pas forcément un grand axe de service, ni une richesse particulière de leurs protocoles – elles reposent encore moins sur une discipline domestique chrétienne.
Je Vous suis si reconnaissante, Maître, de m’en juger digne et capable.
Il s’avère qu’étant minimaliste en terme de relations sociales sur Son ordre, je me suis sentie relativement seule dans mon labeur face à ces nouvelles données. J’avais, visiblement, malheureusement et non intentionnellement, surestimé ce qu’il se passait ailleurs.
Maître m’a inculqué que je me sentirai toujours seule dans ma manière de Le servir et je Le remercie pour cette leçon. Car je serai toujours seule face à Ses exigences et elles paraitront toujours monstrueusement démesurées en comparaison de ceux qui en ont peu. Je ne peux décrire les couleurs de l’arc-en-ciel à un aveugle, tout comme j’aurais beau essayer d’oublier toutes les couleurs pour imaginer le ciel sans, le ciel ne me paraitrait qu’infiniment vide.
En période de canicule, les huit cents grammes ont commencé à peser – l’inconfort dans le sommeil couplé à celui du conscient dans l’éveil n’ont pas fait un délicieux mélange et m’ont rendue encline aux humeurs volatiles. J’ai dû puiser dans mes dernières ressources pour rester plaisante.
Si mon Amour pour Maître est une source infinie dans ma détermination à faire les choses, ma peur d’être battue aussi.
Lorsque j’ai cru en arriver au bout, Maître m’a totalement isolée en m’interdisant les derniers échanges sociaux qu’Il avait maintenus à intervalles réguliers.
Durant cette longue période de port de Ses chaînes, j’ai brisé l’intégralité des verres d’un service, effrayé les animaux, perdu l’équilibre, je me suis assommée en secouant les draps et ai abandonné progressivement les mouvements qui préservaient mon dos lors du service par fatigue et inattention.
Après plusieurs semaines, mes épaules ont commencé à se rapprocher et mon dos à s’enrouler vers l’avant. Pas que huit cents grammes soient très lourds dans l’absolu, mais que couplés à ma négligence au quotidien ils n’ont fait qu’accroître les complications.
Lorsque Maître a dévissé les chaînes, j’ai été envahie par une sensation de légèreté, de vitesse oubliée. Je suis toujours aussi surprise de la mesure à laquelle les choses deviennent si aisément des habitudes ici.
Maître entre dans ma tête si facilement pour y mettre ce qu’Il y souhaite – aucune lutte, consciente ou inconsciente n’est permise.
Mes poignets et chevilles demeurent vissés chaque soir et déliés chaque matin du pied de Son lit. La chaîne (la longue comme la plus courte) est portée uniquement en présence de Maître, régulièrement le soir selon Son envie.
Maître n’envisage plus un port permanent comme il a pu en être, ne souhaitant pas que je sois contrainte par des chaînes qui n’auraient qu’une valeur décorative de par leur légèreté, ni que le vaisseau qui Le sert s’abîme durablement.
Aujourd’hui lorsque je cuisinais, j’ai pesé ma main droite – elle pèse un peu moins de quatre cents grammes.
Le mois dernier a commencé par un détour dans un magasin d’ameublement. Avec l’arrivée des fortes chaleurs, Maître a souhaité se dispenser de ma présence dans Son lit pour la saison. Il est devenu habituel que je dorme (nue) attachée par la cheville, droite ou gauche selon Son envie, parfois les deux. Les mains aussi, moins régulièrement – quotidiennement depuis Son nouvel ajout à mes poignets de deux petits anneaux dorés.
User du mobilier n’existant plus hors autorisation explicite depuis que je vis chez Maître, Son lit était perçu dans ma carte mentale comme le dernier privilège de confort que je considérais – à peu de choses près – comme acquis. Lors du rituel du coucher, la réponse à la question d’usage puis-je dormir dans Votre lit ce soir pouvait sembler formalité.
Pourtant, la réalité est toute autre – parfois, Maître exprimait Son refus. Et il est ces temps-ci devenu quotidien.
Dormir hors de Son lit a toujours été une épreuve pour moi. Quand cela s’additionne au sol, ce sont des pleurs qui peuvent durer plus ou moins longtemps que les murs entendent et retiennent. Le sel brûle mes joues, mon visage se déforme entre mes mains moites et tout cet ouvrage doit se faire dans le silence le plus absolu.
Lorsque je me réfère à ma carteanxieuse, il résonne incessamment répudiation. Ni plus – et il serait bien difficile que cela soit plus – ni moins. Parfois, je regrette de ne pas avoir un jour fantasmé cette vie au service de Quelqu’un. Il m’aurait été tellement plus simple et surtout moins épuisant de la vouloir (et l’apprécier) pour moi avant pour Maître.
Peu à peu, je reviens après ces longs quarts d’heures d’égarements internes à l’évidence – et la lucidité. S’il était le cas (autant de la répudiation que du fantasme pré-existant ou existant tout court d’une relation de servitude), je n’appartiendrais pas comme Maître l’entend.
En tant que Son esclave, je ne devrais jamais omettre que Son confort passera toujours au premier plan de ma vie et que peu importe les voies qui mènent à Son contentement, il est dans ma nature de les emprunter. Ma dépendance, l’Estime et l’Amour profond (malgré la vision traditionnelle et fébrile que j’ai pu en avoir pendant des années) que j’ai pour Maître ne devraient jamais venir entraver mon énergie pour Le servir, uniquement la nourrir. Cela est applicable dans un monde utopique où tout est linéaire, ce n’est pas le cas dans celui-ci et je l’accepte.
Ce mois-ci, Maître a alors (ce n’est pas une évidence) investit dans une courte couverture et une sorte de très petit matelas inconfortable – et même le peu de confort n’est pas un dû ici et se mérite chaque jour.
Je suis pleine de gratitude des opportunités de m’endurcir que Maître m’octroie. De par Son exigence, Il honore mon don.
Le fort contraste entre tout ce qui ne m’est pas dû et tout ce que je dois s’avère bien souvent terrifiant. S’Il le veut, Il peut se montrer cruel. Parfois Il l’est, sûrement – et je n’exige jamais d’excuses. Et parfois Il est bon – j’ai pu dormir dans Son lit un soir d’août lors d’une nuit triste qui l’est devenue beaucoup moins. Maître entretient l’aléatoire. Peut-être que dans mon dos Il joue aux dés, ou peut-être que non – Il décide, simplement.
Car c’est ainsi que les choses fonctionnent ici.
Dans cette maison, le seul privilège est celui de Le servir – et je fais très bien de m’en sentir chanceuse. Lorsque Maître tend Sa main pour caresser ma tête un demi mètre plus bas, ma reconnaissance est pure – Son lit ne m’est plus dû. Si j’ai tant souffert de ce qui pourrait sembler si peu, c’est parce que j’ai entretenue l’erreur qu’il me l’était.
Maître a su rendre ce que j’imaginais dû, précieux.
Le dernier article d’esclave calliopée Absence de Maître : journal de la dépendance ne saurait être complet si je n’apportais pas un retour sur celui-ci. Il est au pire un exercice de paraphrase, au mieux une conclusion de la conclusion.
Le premier retour à faire est que j’ai été peiné de me replonger par leur lecture dans les affres et tourments de mon esclave, même si en toute connaissance de cause. Le second est que (malgré tout) si j’avais la possibilité d’annuler cela, je n’y changerais rien. C’était un sacrifice temporaire pour N/nous assurer une stabilité financière. N/nous ne sommes pas installés définitivement mais avons quitté (je l’espère) définitivement le sud de la France. Les Pays-de-la-Loire ne seront normalement qu’une étape avant un nouvel emménagement plus permanent. Je confesse ne pas être contre que ça s’éternise.
Ne me rassasiant pas de la servitude fragmentaire d’une esclave s’adonnant à une activité salariée hors de la maison (je veillerai à ce qu’esclave calliopée écrive à ce sujet), cela fait partie de mes responsabilités en tant que Propriétaire de subvenir à N/nos besoins sur le plan financier. J’ai dû m’absenter pour chercher (et trouver) du travail là où il y en avait. Depuis les trois années de cette esclave à demeure, je ne m’étais pas absenté (en tout et pour tout) plus de six nuits.
J’ai rencontré plusieurs difficultés en tant que Propriétaire de cette belle esclave. Certaines relèvent de l’évidence lorsqu’on est humain tandis que d’autres sont plus subtiles. J’ai premièrement dû gérer le manque que j’avais d’elle pour gérer celui qu’elle avait de moi avec empathie. Mon nouveau travail m’a considérablement aidé car j’aime travailler quand le travail a du sens. J’avais l’échappatoire du travail, un privilège dont à mes pieds elle ne dispose plus.
N/notre relation étant imbriquée de telle manière que l’un sans l’autre N/notre qualité de vie ne peut que décroître, esclave calliopée faisait état par moments d’une détresse écrasante. J’ai dû parfois me rendre à l’évidence que je ne pouvais d’aussi loin la panser avec un appel téléphonique. La technologie ne fait qu’accroître le sentiment de solitude.
En son absence matérielle dans mon quotidien, j’ai dû lâcher prise sur l’idée du service tel que je l’exige à demeure et me montrer flexible sur certains champs de pouvoir (comme les finances en lui laissant une carte bancaire). J’ai dû aménager son emploi du temps en conséquence : les tâches ménagères demeuraient tandis que le service sexuel à distance ne m’intéressait que très peu (même si j’ai usé d’elle comme je l’entendais avec N/nos moyens).
À ma grande surprise, elle a commencé lors de cette période à réaliser ses premières feuilles de calcul. J’ai étendu leur utilisation aux différentes corvées quotidiennes et hebdomadaires et me réjouis de ce système facilitant l’organisation et les rapports de tâches. J’ai (entre autres) principalement donné des directives strictes sur l’hygiène de vie et l’instruction (piano, écriture, lecture, prière…). Je ne voulais pas retrouver cette propriété abîmée, alors j’ai œuvré à la conserver en bonne santé pour qu’il n’y ai pas une période de soin trop longue lors de N/nos retrouvailles.
Gérer ses émotions (les moins volatiles) a été extrêmement difficile sans pouvoir la tenir. Les angoisses ont ce don de l’enfermer en elle-même, la peur l’isole et prend toute la place. Il n’y a plus qu’elle et cette esclave n’est plus capable de m’entendre. J’écoute, je répète inlassablement les mêmes mots pour qu’elle en entende peut-être la moitié d’un sur trois, j’attends, je réécoute, je répète encore, peut-être qu’elle en a entendu un entier cette fois-là, puis O/on avance à petits pas durant de très longues minutes… ainsi vont les troubles anxieux qui sèment le chaos dans le mental jusqu’a se répercuter par l’épuisement du corps.
Si je devais réitérer cette expérience dans le cadre de son dressage, rien n’en ressortirait à mes yeux d’utile. N/nous sommes profondément ancrés dans cette relation de servitude où j’exerce un contrôle absolu sur tout son être. Je reste d’avis qu’une propriété qui n’est pas à demeure ne peut servir que d’une manière fragmentaire et ce n’est pas le genre d’engagement qui me satisfait en tant que Propriétaire de cette belle esclave.
Cette conjoncture n’a fait qu’avérer encore un peu plus que chacun de ses pores transpire la dépendance et que la seule voie possible pour elle est de me servir comme je l’entends.
Aucun de N/nous deux n’était enchanté à l’idée d’une séparation physique. Il y a peu, Maître s’est absenté pendant un mois. Au début, cette situation pouvait durer quelques semaines comme plusieurs mois. J’ai reçu l’ordre de l’ébruiter le moins possible.
C’était une absence aussi soudaine que prévisible. Ne concevant pas une esclave en dehors du foyer plusieurs heures par jour, Maître a fait l’engagement de subvenir aux besoins financiers de celui-ci. Il a rapidement jugé que je serai plus utile dans l’ancien chez Lui à m’occuper des animaux et préparer un éventuel déménagement, éventuel déménagement qui n’avait encore rien de certain lors de Son départ.
Ayant tenu mon carnet d’esclave de manière journalière pendant ce mois loin de Maître, Il m’ordonne de faire ici une sorte de rétrospective avec des fragments de celui-ci. Puissent mes sœurs asservies qui vivent la distance trouver un peu de réconfort par mon témoignage, qui même s’il ne relate que de trente-trois jours de manque, fait état par moments de bien des maux et difficultés. Même s’il s’agit d’un témoignage intime qui me met face à ma dépendance envers Maître, s’il peut apaiser des cœurs, j’en serais la plus heureuse.
L’avant départ
jour -2, 17 heures 47 « […] Maître part mercredi. Le week-end était bien. […] Maître part mercredi. Il m’utilise beaucoup plus. J’ai hurlé. J’ai vu des étoiles. J’ai cru que mon bas ventre allait se décrocher. Il est encore là, car Il m’a même utilisée ce matin, même si plus doucement. Maître part mercredi. »
jour -1, 15 heures 22 « […] J’appréhende. Hier, j’ai manqué d’air. Maître part mercredi. Je vois Lévana vendredi. J’ai fait en sorte d’avoir des choses à faire comme le ménage, une vidéo YouTube, etc. Je vais avoir beaucoup à faire. Je vais y arriver. Heureusement, je dois préparer aussi un déménagement. O/on ne sait pas encore où. […] Maître part mercredi. Maître part demain. »
Les jours précédents Son départ, lorsqu’ils furent épuisants pour le corps, l’étaient moins pour l’esprit. Maître m’a utilisée plus durement que d’habitude. N/nous ne parlions au final que très peu de Son départ et de toutes les incertitudes qu’il comportait. Avec le recul, je suis reconnaissante que Maître m’épuise entre deux de mes « préparations » (ou auto-tortures) mentales à ce sujet.
Premiers jours
jour 2, 17 heures 25 « Maître est parti depuis plus de vingt-quatre heures. Il me manque. Je n’ai pas écrit hier, j’avais peur d’écrire. […] J’ai ordre de l’ébruiter le moins possible. Maître a laissé des instructions : j’ai le droit au mobilier, mais pas intérêt à m’habituer à tant de confort et d’autonomie. J’ai acheté des raviolis hier soir. […] »
jour 3, 12 heures 43 « J’aimais les gares. Je viens de rejoindre Lévana, que je devais initialement rejoindre pour 10 heures 08. Si la nuit a été difficile, j’espère sincèrement que la journée le sera moins. Je l’attends. C’est à son tour d’être en retard. J’aimais profondément les gares, avant. Elles me rappelaient la distance qu’il y avait entre N/nous la première année de N/notre relation. J’avais toujours un sentiment nostalgique de ce temps-là lorsque N/nous retournions dans les gares. Maintenant, je suis seule et je n’aime plus les gares. »
jour 4, aucune heure « Les chaînes me regardent sous la table basse. Je médite beaucoup sur la servitude à distance. Je sens Maître avec moi. Je me sens Le servir par mon absence : s’il s’avère qu’O/on déménage, je serai bien plus utile ici, c’est d’ailleurs pour cela qu’Il m’y a laissée. Les chaînes me regardent sous la table basse. On s’est regardées longtemps. J’ai eu une pensée pour mes sœurs asservies à distance. Cela m’aurait paru tellement inachevé de m’entraver seule. N’aurait-il pas été profondément égoïste si je le faisais pour moi et non pour les yeux de Maître ? Les chaînes, sans Lui, ne m’apportent rien. La vie, sans Lui, m’est tout bonnement inimaginable. »
Les premiers jours furent très particuliers. Depuis que j’étais à demeure (c’est-à-dire environ trois ans), N/nous n’avions jamais passé plus d’une nuit séparés. Situation particulière exige, j’avais une carte bancaire et accès aux écrans pour être disponible si Maître avait envie de me parler. Je pouvais aussi aller et venir dans l’appartement à « ma » guise et user du mobilier. Je n’ai pas touché à Son fauteuil du mois entier. Des fois je le regardais et ça pouvait durer longtemps, ça n’a (à ma grande déception) pas fait apparaître Maître pour autant. Maître m’appelait tous les jours.
Quand vivre au présent s’avère douloureux
jour 5, toujours pas d’heure « C’est qu’avec Maître, j’ai appris à vivre dans le présent. Maître étant mon Monde, il est difficile de vivre seule et de ne pas être à Ses pieds pour Le servir. Là, je souffre. […] Pourtant, lorsqu’Il est Heureux, je Lui si reconnaissante qu’Il m’ait appris à vivre dans le présent. »
jour 6, 17 heures 41 « […] J’ai voulu tirer une carte, hier. La dernière fois que j’en ai tirées, c’était la veille de mes vœux. Maître ne m’avait pas punie. Pourtant, je sais que les arts divinatoires sont proscrits, et ce même avant qu’Il me juge accomplie. J’ai dû puiser en ma nature d’asservie. […] Alors, j’ai fait la seule chose que Maître attendait de moi : j’ai prié. […] L’esclave accomplie de Maître a renoncé aux arts divinatoires. »
jour 7, 13 heures 47 « Je tiens. […] Je remercie le Seigneur de N/nous permettre cette vie de bonheur. Même si j’ai peur, je sais que N/nous serons exaucés. »
J’ai trouvé, en la prière, beaucoup d’apaisement. Lorsque j’ai accepté d’appartenir à Maître, il était clair que j’épouserai à terme Sa religion. J’ai trouvé dans les Saintes Écritures de nombreux échos à ma condition, condition qui n’a rien de plus naturel. Je remercie Maître de me permettre de lire les Textes. Maître avait laissé des instructions précises et les temps de prière en faisaient (et en font toujours) partie.
Premières angoisses
jour 8, 21 heures 07 « J’ai fait des cauchemars cette nuit. Je me suis réveillée angoissée et ce sont des émotions avec lesquelles j’ai du mal […] Je n’ai pas d’appétit. […] J’angoisse alors que je ne suis pas en danger. […] »
jour 9, pas d’heure « Je végète. » – Il s’agit de la totalité de ce que j’ai écrit le neuvième jour. C’est à la fois peu et exhaustif.
jour 10, 23 heures 35 « […] Je m’en sens incapable. J’hurle à la mort. Je m’en veux de souffrir de cette absence à ce point. Je prie moins. »
J’ai commencé à avoir des troubles du sommeil importants et mon état psychique s’est en conséquence très rapidement détérioré. Depuis mon petit nombril, je ne voyais plus que mes angoisses. Lorsque Maître me sent décentrée (car ces états émotionnelles parasitent la servitude permanente telle que la conçoit Maître), il est chose aisée pour Lui de me recentrer sur l’évidence (Le servir) car je Lui appartiens totalement et Il me connait parfaitement.
À distance, Maître a ordonné que je me récite et a augmenté les temps de prière. Il était bien occupé, car nouveau travail rime avec nouveau rythme, mais je suis pleine de gratitude de tout le temps qu’Il a pris pour se dédier à moi, même quand je me répétais et n’avais que des banalités à raconter.
Mi-chemin et premiers cartons
jour 14, pas d’heure « […] Me voilà depuis ce début de semaine dans les cartons. Lundi [jour 12], j’ai vidé toute la bibliothèque et le meuble télé qui n’accueillera jamais de télévision. […] Mardi, hier, fut catastrophique. […] Rien d’étonnant que mon corps faible de femme me fasse défaut et soit enclin à l’anxiété, ou du moins qu’il n’ai pas la force de faire barrage à mon terrain anxieux. […] J’ai recommencé à prier. »
jour 20, 12 heures 48 « Je me sens faner loin de Maître. […] »
jour 22, 15 heures 45 « Je vis pour quelqu’un qui n’est pas là. » – cf. jour 9, court mais exhaustif.
Le jour 11, Maître fut embauché en Pays-de-la-Loire et bénéficie pour cette période d’un logement de fonction. Cette donnée a permis de déménager le plus tôt possible et ainsi de se retrouver beaucoup plus rapidement qu’initialement prévu. Cette joie que j’ai ressentie s’est traduite par une grande productivité le lundi (jour 12) mais cet intermède fructueux s’est éteint aussi vite qu’il s’est allumé. Sans Lévana, je serais sûrement encore en cartons.
Entre deux moments d’angoisses profondes, je gambergeais. Comment cultiver la nature asservie de l’esclave lorsque celle-ci n’est pas aux pieds de Celui à qui elle appartient ? Comment cette nature peut-elle être entretenue en permanence d’une manière achevée, aboutie, sans la présence du Maître ? N’est-il pas illusoire de croire appartenir à quelqu’un qui se contenterait d’un service fragmentaire ? Quel Propriétaire – réellement – désireux d’être servi ne voudrait pas de Sa propriété à demeure ?
Toutes ces énigmes m’ont menée au résultat suivant : je suis foncièrement bénie d’être aux pieds de Maître car Il s’investit considérablement dans N/notre relation. Il me fait l’honneur de vivre chez Lui pour Le servir de la manière qu’Il considère la plus achevée. Quel sentiment ressentir à part une immense gratitude ?
Même à distance où je souffrais de Son absence et où j’ai dû faire face à l’handicap que représenterait ma dépendance si je devais un jour vivre seule trop longtemps, je n’ai jamais douté une seule seconde de mon appartenance à Maître et de ma nature pour Lui. Au début, je pensais que c’était une victoire qui n’avait pas demandé beaucoup d’effort. Il n’y a au final rien de plus naturel et d’évident, car si je peux douter de la Terre qui tourne autour du Soleil, je ne peux douter du Maître.
J’ai constaté en ce sens que les causes de mes souffrances étaient toutes reliées au facteur de la présence non-physique de Maître. Le manque d’une main sur la joue, du baise-main lorsqu’Il rentre, de Sa présence. Présence palpable, car par mon service, je fais partie de Lui et de Ses mains j’ai été façonnée. À aucun moment je n’ai remis Sa décision de ne pas m’emmener en question, je n’ai pas été dressée à me montrer si ingrate pour mon petit bonheur individuel. Lorsque j’ai commencé à me raccrocher véritablement au caractère provisoire de la situation et ainsi me projeter vers les retrouvailles, j’ai pu puiser en une source infinie d’apaisement.
Dix jours en pilote automatique
Les cartons sont partis le 24ème jour afin d’être stockés, car N/nous déménagerons encore dans quelques mois. C’est aussi cela appartenir à Maître, Le servir aveuglément partout où Il ira et peu importe si cela m’enchante.
jour 24, pas d’heure « […] Sa mère m’a dit que j’avais bonne mine. Je n’ai pas pu cacher ma surprise, ni su. »
jour 25, 17heures 22 « Mon autonomie et moi nous sommes lassées de la chambre. J’ai pris le matelas [Il ne restait que ça dans l’appartement avec un micro-onde, le nécessaire pour les animaux et de toilette avec une lampe de chevet] et ai migré dans le salon. Qu’il est lourd. J’ai mis un drap fleuri pour qu’il soit plus accueillant. […] La première nuit où N/nous avions emménagé ici, N/nous avions dormi comme ça. […] »
jour 26, 10 heures « J’ai mal au dos. » – Ce fut concis ce jour-ci.
Les dix derniers jours furent les plus doux, que ce soit par la présence de ceux qui N/nous aiment que par mes angoisses qui s’estompent face aux choses qui – que je le veuille ou non – avancent. Je n’ai de toute la période (du jour 1 au 33) pas montré de signes d’impatience, car la patience est une vertu et Maître est de Ceux qui vous l’apprennent si vous Lui faites ressentir qu’elle ne fait pas partie de vos qualités. Le manque est une chose, en souffrir est légitime, mais il n’est pas dans le dressage de Maître un motif pour l’impertinence.
Avec les meubles qui n’étaient plus dans l’appartement, je ne me suis rapidement plus inquiétée de m’être habituée au confort. J’ai œuvré à profiter de la présence de Lévana la dernière semaine. C’est qu’elle et son Maître constituent à eux deux la majeure partie de ma vie sociale « hors Maître ». Je suis profondément reconnaissante de leur soutien et leur présence – palpable et non palpable – durant cette épreuve, comme pour toutes celles d’avant (cf. Des épines) et celles qui adviendront. Celles qui adviendront car si je sais une chose, c’est que la servitude – même non-fragmentaire – n’a rien de linéaire et que les difficultés de cette vie sont réelles pour ceux qui n’arborent pas une vision fantasmagorique de leur quotidien.
Ce que je retiens
J’ai durant ces trente-trois jours observé et retenu plusieurs réalités, dont certaines qui relèvent de l’évidence mais qu’il est très bon de chérir.
J’ai oublié mon code de carte bancaire, mais j’ai su gérer une petite somme d’argent et sûrement mieux que lorsque j’étais libre. Lors de N/nos retrouvailles, Maître a repris « ma » carte et la gestion totale de « mes » finances, ne me laissant aucune prise sur ce domaine de « ma » vie…
Distance oblige, j’ai dû vivre avec les écrans alors que Maître m’en coupait régulièrement car cette addiction est la dépendance de ce siècle. Or, en tant qu’esclave de Maître je ne peux être dépendante que de Lui. J’ai confié mes appréhensions quant à avoir du mal à m’en défaire peu avant de se revoir, j’y ai très peu accès depuis que N/nous N/nous sommes retrouvés et n’en souffre nullement. L’endroit où N/nous avons emménagé est un écrin de verdure qui ne se prête pas à toute ces inventions futiles qui ne font que renforcer la solitude et voler le cadeau précieux qu’est l’instant.
Je sais m’occuper du corps et l’écouter de façon à savoir précisément ce dont il a besoin en l’absence de Maître et agir pour son bien. Grâce au dressage de Maître, j’ai appris à écouter le corps et à en rendre compte à Maître afin qu’Il prenne Ses décisions en étant parfaitement éclairé. J’ai reçu à ce sujet l’ordre de faire en Son absence preuve d’autonomie, non de liberté. Maître m’avait laissé des règles précises portant sur l’hygiène de vie (lever, coucher, alimentation, prières, emploi du temps…), règles très importantes afin de garder une psyché solide et constante. Même si j’ai traversé de grandes euphories et énergies créatives suivies de grands chagrins et angoisses violentes, ces règles ont permis au corps de rester en santé. Merci Maître pour cela.
Enfin, si je savais que l’honneur de servir Maître n’est pas un dû, je connais dorénavant l’énorme souffrance qu’est de ne pas être dans Sa vie au quotidien pour Le servir. Je suis une propriété, je ne vis que pour le Maître qui m’a reconnue accomplie. J’ai été dressée pour vivre à Ses pieds, ma position face à cette situation ne pouvait qu’en être prévisible.
Si j’ai conscience que ma dépendance absolue ne pourrait qu’horrifier certains sensibles, elle n’est finalement – à mes yeux – rien de plus naturelle. Je ne peux que revenir à l’évidence que je suis Son esclave, dépendante par essence au Propriétaire et que je ne peux vivre sans le Maître que je sers sans dépérir.
Lorsque N/nous N/nous sommes rencontrés avec Maître, je venais d’avoir dix-neuf ans et entreprenais des études universitaires. Maître n’a pas mon âge, mais Il avait fait le choix lors de mon installation chez Lui de ré-entreprendre des études supérieures en Histoire.
Aujourd’hui, j’en ai vingt-trois et n’ai plus la liberté de faire des études, ni de travailler(mais ce second sujet sera traité dans un autre article). Il est dans ma nature que ma seule ambition soit de servir Maître tout le temps qu’Il désirera ma présence à Ses pieds. Si cela implique d’être hautement diplômée, je le serai. Si cela implique de travailler à l’usine seize heures par jour, je le ferai.
Je sers Maître, comme Il l’entend.
Maître a décrété les derniers jours de juillet dernier que je ne poursuivrai pas mes études universitaires. À cet instant-là, j’étais en période de recherche et rédigeais un mémoire portant sur La figuration d’Adam et Eve en Italie centrale à la Renaissance. J’étais passionnée par mon sujet et mes études. Il est vrai que si j’avais été libre, je n’aurais sûrement pas arrêté. Mais cela, O/on ne le saura jamais car ma vie est aux pieds de Maître.
Lorsque j’ai accepté de vivre chez Maître, j’étais bien avertie qu’Il aurait à terme tous les pouvoirs sur moi. Le mot « accepter »en début de phrase peut faire sourire, mais il témoigne d’une réalité dont je ne peux, ni ne veux me dérober : ce jour-là, j’ai choisi. Et quelle heureuse décision j’ai prise, que d’accepter ce que cet emménagement impliquerait.
Maître m’a soulagée de mes contraintes universitaires quelques semaines avant de me reconnaître en tant que Son esclave accomplie et de visser Son collier autour de mon cou pour toujours. Que Maître ait des raisons de cet arrêt a toujours été à mon sens un point négligeable… C’est une évidence qu’Il dispose de moi comme Il l’entend. Je suis Son esclave, de quel droit irais-je exiger de Lui un motif ? C’est souvent une préoccupation des personnes libres.
« Ma réaction a été des plus immédiates, j’ai pleuré et je L’ai remercié. », ai-je écrit dans l’article des 72 heures. Quand Maître ordonne, j’obéis et je Le remercie. Et ce, même si c’est un ordre qui me rebute, me mortifie ou me meurtrie. Qu’importe, car je vis dans l’Honneur de Le servir. La voilà, ma condition.
Lui obéir, rester humble et digne de Lui.
Pourtant une explication, il y en avait une. Maître ne conçoit simplement pas que Son esclave travaille ou fasse des études supérieures. Ce genre d’activités viennent parasiter la nature asservie, Il est mon Monde et je n’ai pas à me dédier à autre chose que de Le servir. Si un jour, Ses souhaits changent – qu’ils soient expliqués ou non – comme toujours et pour tout, j’obéirai…
Qu’irais-je faire sur les bancs de la faculté si ce n’est pas le lieu où Il me veut ? Si ce n’est vivre allègrement dans l’égoïsme et le déshonneur de ne pas combler le Propriétaire ? Est-ce donc cela, vivre une servitude non-fragmentaire ? J’ai rangé les livres empruntés à la bibliothèque pour mes recherches dans une valisette.
Hier
N/nous N/nous sommes rendus à la faculté pour aller récupérer le diplôme de Maître. Parfois, Il portait la valisette. C’est que les manuels généraux d’Histoire de l’Art de Daniel Arasse sont lourds. Je ne suis pas rentrée dans le bâtiment de l’Administration et de la Présidence. J’ai attendu Maître, dehors.
Il y avait un banc en pierre, comme lorsque j’ai présenté mes vœux. C’est drôle, tous les bancs en pierre me rappellent mes vœux. J’espère que toute ma vie, les bancs en pierre m’inspireront un sentiment aussi tendre. J’ai pleuré en attendant Maître. Il n’y avait que moi et la valisette sur ce banc.
J’ai eu une pensée pour tous ces mails laissés sans réponse en provenance de ma directrice de mémoire. J’en recevais, encore en novembre, où elle me disait que je pouvais, si j’en ressentais l’envie – ou quand je serai prête – de l’appeler. Elle a aussi longtemps demandé ce que je devenais. Je lui aurais bien répondu, mais je doute que la réponse « esclave accomplie du Maître » l’aide à dormir – alors je l’ai laissée sans réponse. Puis un matin, n’étant plus considérée comme étudiante-chercheuse, je n’avais plus de messagerie étudiante.
Quand Maître est sorti, N/nous avons – avec plus de six mois de retard – rendu les livres que j’avais empruntés. Je suis sûrement interdite de prêt désormais. Maître m’a fait photographier chaque livre que je n’avais pas pu lire et a juré d’un jour les acheter – sans doute pour me consoler de ma perte. Je Lui ai demandé si je pouvais faire ce que je voulais de la valisette.
Il a répondu non pour la brûler.
Sur le chemin du retour, Maître m’a montré Son diplôme – qui manquait à son cadre vide à la maison. Je me suis souvenue qu’en septembre dernier, j’avais passé douze jours enfermée à rédiger Son mémoire. Une partie de moi a ressenti une profonde gratitude qu’Il ait usé dans Son bon droit (comme toujours) de mes capacités littéraires.
La valisette porte désormais la fonction d’accueillir mon matériel destiné à l’art de la broderie et le diplôme orne le rebord de la cheminée, l’endroit de prédilection de Maître pour mon entretien et lorsqu’Il me bat.
Il y a un Master II qui orne le rebord de Sa cheminée et il ne portera jamais mon nom – il me rappelle toute l’humilité de ma place et me conforte dans celle-ci. Ce soir lors de mon entretien, Maître m’a donné des coups de canne en nerf de bœuf avec Son diplôme en angle de vue et j’en porterai les hématomes…
Servir Maître pleinement est la plus belle et la seule grande ambition de ma vie.
Ce week-end avec Maître, N/nous étions avec des amis. Le jeudi après-midi, j’écrivais dans mon carnet d’esclave que « Tout ce que je désire [pour ce week-end, mais aussi pour le restant de ma vie], c’est être digne de Maître ». L’hôtel particulier était magnifique et N/nos amis sont formidables.
Malheureusement, quelques heures après N/notre arrivée, j’ai déçu Maître. J’étais si heureuse d’être avec N/nos amis en dehors de la maison que la moindre préoccupation m’a fait céder à la peur avec autant de puissance que j’avais été joyeuse. En plus de n’être pas concernée par cette préoccupation, j’ai été impertinente envers Maître devant N/nos amis. Cela n’aura duré qu’à peine quelques secondes, mais salir ma bouche avec une phrase, une remarque inconvenante, c’est profaner la propriété du Maître. Par peur, j’ai présumé avoir la liberté de formuler un commentaire désobligeant. Je n’étais à ce moment-là qu’une ingrate et totalement indigne de Lui.
Maître a fait preuve d’un calme olympien et je n’ai pu qu’être extasiée devant Sa maîtrise avant de me sentir si sotte d’avoir faibli. J’ai presque instantanément fondu en larmes, regrettant chaque syllabe que j’avais pu prononcer. Fort heureusement, je connais ma place et ne peux m’y soustraire, c’est pour cela qu’Il m’a jugée accomplie. Je ne peux me soustraire à ma nature de Le servir. Et si par malheur – ou folie – je le tente, j’en souffre.
Il m’a entretenue au sujet de mon impertinence pendant une dizaine de minutes. N/nos amis se sont isolés et j’étais honteuse de leur faire subir (à eux aussi) mon indiscipline et encore plus d’avoir fait subir cela à Maître devant des spectateurs, même s’ils n’ont porté aucun jugement sur l’incident. Ils N/nous connaissent, N/nous n’avons pas à les impressionner et Maître ne place pas Son égo dans ce genre de reconnaissance. Merci Maître.
Face au programme imposé par le week-end, Maître m’a dit qu’Il ne pourrait, ni ne souhaitait me punir. N/nos amis (bien qu’avertis) n’ont pas à subir ma punition et encore moins à y assister. Maître ritualise la punition et a jugé que ce n’était ni le lieu, ni le moment.
J’ai été dressée à expier – généralement par la douleur. Jamais je n’ai eu à attendre le pardon de Maître pendant deux nuits. J’ai demandé plusieurs fois s’Il m’avait pardonnée, surtout le premier jour. Je me confondais en excuses devant N/nos amis par moments. Parfois, je m’isolais dans la chambre et les évitais. J’étais honteuse et indigne de Maître.
Il a été à ce sujet très explicite : Il ne me battrait pas devant N/nos amis. Je ne méritais pas tant de douceur, j’étais indigne, mais ils n’avaient rien demandé et Maître le savait pertinemment. Jamais je n’aurais assez de mots pour définir la profonde gratitude que je ressens envers Maître de ne pas avoir voulu mettre mal à l’aise N/nos amis plus que je ne l’avais déjà fait. Ils ne sont pas concernés par mon ingratitude et ont d’ailleurs oublié – beaucoup plus vite que moi – cet écart de ma part.
Le soir dans le lit, avant de dîner, mon amie m’a réconfortée alors que je m’étais encore isolée. Discuter avec elle a apaisé mon monde, elle m’a dit je t’aime. Je voulais rester au lit me cacher. Je voulais rentrer chez N/nous, expier ma faute et revenir. Mais vivre une vie de servitude pleine et entière n’est pas faire ce que je veux. Maître avait décalé N/notre retour quelques heures plus tôt pour me faire plaisir en restant une nuit de plus.
Lorsque Maître me parlait, j’étais incapable de savoir s’Il feignait de m’avoir pardonnée. Ce soir-là, j’ai écris que je ne le saurai que lorsque j’aurai expié ma faute. Il était prévu que Maître essaye Son nouveau fouet ce premier soir. Il a été très doux et m’invitait à Lui dire lorsque j’avais besoin de digérer la douleur en marquant des pauses de quelques secondes. J’étais positionnée devant le miroir, je Le voyais s’amuser avec Son ami qui s’occupait de sa soumise. J’étais heureuse, même si hors mes demandes (ordonnées si j’en ressentais le besoin) concernant la cadence, j’étais mise au silence la plupart du temps.
À minuit cinquante-deux, Maître m’a dit « Merci pour les épines », en référence aux mots de Jean d’Ormesson. Quel bonheur que de L’entendre dire cela.
Le lendemain – dix heures trois, Maître m’a encouragée à apprécier le week-end, qui (hors ma culpabilité épisodique) était d’une grande douceur. Oui, c’était une évidence que je serai punie dimanche matin une fois rentrés mais le programme du jour était des roses et non des épines. N/nous avons visité le Musée d’art antique, fait des achats et sommes allés dîner au restaurant. Ces moments heureux avec N/nos amis, je ne les oublierai jamais. Ils étaient merveilleux – et délicieux.
« Merci pour les roses, merci pour les épines. La vie n’est pas une fête perpétuelle. C’est une vallée de larmes, mais c’est aussi une vallée de roses. Et si vous parlez des larmes, il ne faut pas oublier les roses. Et si vous parlez des roses, il ne faut pas oublier les larmes. » – Jean d’Ormesson
Une heure après être rentrés ce matin, j’ai pris une série de gifles sans ménagement. Merci Maître de m’avoir pardonnée et de me permettre chaque jour de vivre dans l’Honneur de Vous appartenir.
Merci mes Amis, pour avoir pansé mes épines et N/nous avoir reçus. Car même s’il y a eu des larmes, c’était une vallée de roses. Merci Maître, merci d’être aussi investi dans mon asservissement pour me rendre à Vos yeux meilleure car ce sont les seuls qui comptent.
esclave calliopée a présenté le 19 septembre 2021 ses vœux d’une appartenance totale et définitive à mes pieds durant la quatrième année de relation. Pour moi, elle a toujours été mon esclave, mais j’ai préféré attendre que sa servitude soit aboutie avant de l’officialiser (et le célébrer) correctement. N’ayant pas considéré les cycles de noviciat et de maturité pour N/notre relation, force est néanmoins de constater que Rome ne s’est pas faite en un jour et que, ça y est, désormais je la juge accomplie.
Dès N/nos premiers échanges, elle a confié que mes chances d’être exaucé étaient minces et s’est décrite comme inapte et terrain infertile à la servitude comme je l’entendais. Cette belle esclave ne me connaissait qu’à travers mes mots et non mes actes, Dieu sait à quel point les actes manquent souvent alors je ne lui en ai pas tenu rigueur.
J’avais décelé (malgré tout ce qu’elle me disait) en elle une grande aptitude à me servir. Alors persuadée que toute cette indépendance dont elle avait joui et qu’elle chérissait tant allait être un frein à sa bonne volonté, je me réjouissais. J’étais heureux de cette autonomie et liberté qu’elle avait pu expérimenter : on ne peut donner un contrôle que nous n’avons jamais eu. Si elle n’avait pas pu faire l’expérience de la gestion de ses propres finances, de sa vie dans son petit appartement (un adorable petit cagibi), de ses études supérieures et tutti quanti, le pouvoir qu’elle m’aurait donné s’en serait retrouvé amoindri, voire inexistant. Pour qu’elle porte mon collier, il fallait qu’elle ait été libre et qu’elle l’ait expérimentée, cette liberté.
Je l’ai cueillie maîtresse d’elle-même (du moins autant qu’on peut l’être à 19 ans), la rendant ainsi terriblement disponible pour qu’elle fleurisse asservie à Mes pieds. La première année fut dédiée à ses études supérieures qu’elle avait entamées avant de m’appartenir. Je n’avais aucun contrôle sur ses fréquentations, ses choix d’études, les grands choix de vie et autres coquetteries importantes dans la vie d’un être humain.
Qui voyage loin ménage sa monture
esclave calliopée m’a rejoint dans le Sud durant la deuxième année pour qu’O/on s’installe ensemble. Je faisais avant cela le trajet de 700 kilomètres presque tous les week-ends pour la voir et ce n’est pas ainsi qu’on construit à mon sens une relation Maître/esclave.
Je lui ai laissé le choix de me rejoindre, car au bout d’un an et demi elle l’avait encore. Le 06 juillet 2019, je l’ai renommée à ma convenance, elle s’appellera calliopée et je veillerai à ce que ça devienne son identité civile. Le 07 septembre 2019, elle était à demeure et avait quitté amis et famille, ayant fait également tout un tas de paperasse pour faire un transfert de son ancienne université à une autre. J’ai acquis à ce moment-là le contrôle des fréquentations autant amicales que familiales, j’ai à l’occasion fait le tri de celles qui m’incommodaient afin qu’elle ne soit pas parasitée dans son service à demeure. Le deuil de la vie d’avant a pu commencer au profit de la vie de maintenant, chez Maître.
C’est lorsqu’elle fut Mienne à demeure que je me suis employé à l’éduquer afin qu’elle me serve de la manière la plus achevée, c’est-à-dire celle qui me convient, pas celle qu’on trouve chez les autres, ni celle qui s’apprend dans les livres. Les premiers rituels et protocoles ont alors pris leur place : celui du lever, celui du coucher, du service du repas et du thé, du bain, de l’entretien et un tas d’autres éléments venant nourrir la relation qui ne regardent que N/nous et dont je ne donnerai pas le détail dans cet article-ci.
Le lien qui était déjà constant devait désormais être nourri. Son dressage a pris du temps, principalement car il a fallu en premier lieu concilier faculté et servitude. Lors de la pandémie, les progrès furent plus que notables. Cette progression est principalement ce qui m’a poussé à la défaire de ses contraintes universitaires en cette quatrième année, un article d’esclave calliopée à ce sujet est prévu. Je me suis montré patient sur ce point, mais il était clair qu’à terme elle serait à demeure en permanence.
J’avais également quelques exigences avant de lui ordonner qu’elle prononce ses vœux. D’abord, qu’elle ai connaissance de tout ce qu’implique une vie de servitude à Mes pieds. Ensuite (et c’est la partie la plus longue lorsqu’on ne permet pas la médiocrité), qu’elle occupe pleinement la place pour laquelle désormais elle vit. C’est-à-dire que son dressage soit achevé (attention, je n’ai jamais dit que son dressage avait une fin, juste qu’il a acquis un niveau que je qualifie d’excellence). J’exerçais un pouvoir absolu bien avant les vœux de mon esclave, mais pour moi, ça devait également comprendre une valeur temporelle. Se projeter à la place d’esclave, l’être et l’être et y rester dans le temps sont à mon sens trois choses distinctes. Je l’ai dressée à ma convenance et ce n’est qu’après ce dressage et conditionnement très précis (et finalement impérissable) que je lui ai ordonné d’écrire ses vœux.
L’Après
Qu’est-ce que les vœux ont changé ? La réponse est finalement très simple et ne nécessite pas de faire un nouvel article.
N/nos vœux sont venus célébrer ce qui existait déjà : Moi, Propriétaire de cette belle esclave, et elle, totalement asservie qui renonce pour toujours à se rétracter. Je lui ai ordonné de consentir une ultime fois à une date aléatoire.
Si ses vœux avaient changé beaucoup de choses, ça aurait à mon sens témoigné d’une faille car je n’ai ni attendu ses vœux pour faire ce que je voulais d’elle, ni attendu qu’elle ait son statut de propriété « officialisé » par un matricule d’esclave qui n’a aucune valeur légale.
Comme elle l’a très bien dit dans un précédent article, je préfère être de ceux qui font les choses au lieu de les prédire et de voir si elles se produisent. Cette cérémonie a marqué le début du port de sa parure d’esclave et a enclenché le projet de marquages permanents. Mais une fois encore, il ne s’agit que de la continuité naturelle des choses.
C’est ainsi parce qu’esclave calliopée a éclos et ne fanera jamais. Il est dans sa nature de m’être asservie et dans la mienne de la posséder. J’ai été béni d’un cadeau des Cieux le jeudi 26 avril 2018.
Voilà un sujet qui en fait couler, de l’encre virtuel dans N/notre messagerie. Aux pieds de Maître, je ne dispose ni du droit de dire non, ni de la liberté de me soustraire à Ses volontés. Cet article, je n’ai pas envie de l’écrire pour des raisons diverses et variées, principalement par crainte de la médisance de ceux qui ne comprendront pas et ne comprendront jamais. Pourquoi ne pas refuser d’écrire même si Maître me l’ordonne ?
Le refus, est un signe de liberté. Or, je ne suis plus libre.
J’ai consenti à appartenir à Maître pleinement et n’aspire qu’à Le servir et Le rendre – par ce biais ou d’autres – heureux. Ma vie, est dédiée à cette œuvre. J’ai connaissance et pleine conscience du danger que représente une absence permanente et totale de refus. Ce n’est et ne tend pas à être anodin, je suis dressée depuis plus de trois années en ce sens : ne rien Lui refuser. Je remercie humblement Maître de m’honorer de Son dressage.
Les choses s’établissent au final depuis quelques temps déjà d’une manière assez simple et naturelle :je refuse, je suis battue. Cela ne m’a jamais été dissimulé, qu’il s’agisse de l’évolution qu’Il souhaitait de N/notre relation ou ce qu’elle impliquait. En tant que Son esclave, il est dans ma nature de Lui être totalement asservie. Maître a toujours été très clair sur ce point : N/notre relation n’est ni contractuelle, ni propice à la négociation. Maître ne se contentera jamais d’une puissance relative sur « mon » être.
Cela n’empêche nullement que Maître soit à l’écoute de mes capacités et ressources, qu’elles relèvent du physique ou du psychique. Il vit selon le principe qu’une esclave calliopée heureuse servira toujours mieux qu’une esclave calliopée peinée. Il est très important pour Maître que je sois enchantée de ma condition, même si cela implique des moments très difficiles à vivre pour moi. J’ai par ailleurs été longuement éduquée en ce sens, n’étant à la base ni prédisposée, ni un terrain fertile où pouvait fleurir une relation au langage hiérarchique (avec ou sans notion d’absolu). Je ne suis, en effet, pas Son esclave par intérêt personnel et n’aurais jamais envisagé être la propriété d’une personne aussi merveilleuse soit-elle. Mais tout ça, c’est pour Lui et c’est encore un autre sujet…
J’ai accepté, et par ce biais j’ai choisi.
Choisi de renoncer d’imposer une quelconque volonté contraire à celles que pourrait avoir Maître quoi qu’il advienne. Merci Maître de m’en avoir jugée digne. Il est intransigeant sur le fait que je suis Son esclave et que – en conséquence – mon service n’a tout simplement pas à être limité. Dire que cela est toujours facile ou que c’est inée serait un mensonge, j’ai ordre de ne pas embellir les choses et de les raconter telles qu’elles sont, même si elles pourraient révolter les sensibles.
Cela peut s’imaginer très simplement. Pas d’usage du sacro-saint mot d’arrêt qui viendrait Le contraindre d’arrêter quoi que ce soit ou autres extravagances visant à faire asseoir une volonté propre, pour la simple et bonne raison que ce n’est pas digne de l’esclave de Maître. Que ce soit digne ou non d’une autre esclave est un autre sujet qui ne me concerne en rien… Il serait bien prétentieux de ma part de parler à la place des autres. La seule chose que je sais, c’est que Maître n’imagine pas que je fasse preuve d’une dévotion et d’une abnégation restreinte.
Il ne conçoit pas que Son esclave le soit uniquement lorsqu’elle en a envie et considère cela comme inachevé. La liberté est très belle quand elle s’exprime dans les relations des autres, pas dans la N/nôtre. Si je refuse de Le servir, je Le rejette. Je n’ai pas à me dérober à ma nature et m’enfermer dans le plaisir immédiat et égoïste. Merci Maître de me refuser ces facilités, de ne pas tolérer la médiocrité pour Votre esclave.